Thierry DESROSES, PJ, les Secrets du Volcan, Acteur, Comédien
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Thierry DESROSES au théatre, comédien, acteur Depuis 2005, Thierry Desroses se lance dans la realisation de film. Après avoir realisé son premier documentaire “Nou Gen Fos, Nou Gen Couraj”, il en réalise un deuxième sur “La vie de Jenny Alpha, Une flamme créole” co-réalisé avec Gilles ODDOS .



Since 2005, Thierry Desroses has gone into directing movies. After his first documentary "Nou Gen Fos, Nou Gen Couraj", he realizes a second one, co-directed with Gilles ODDOS, about "jenny Alpha life’s’".
     
 

Jenny Alpha, Une flamme créole
Un film documentaire sur la doyenne des acteurs, co-réalisation de Thierry Desroses et Gilles Oddos (52 minutes)

Le personnage

Je suis particulièrement heureux de distinguer ce soir une très grande actrice, qui incarne une histoire, un héritage, une force irremplaçables dans le monde d'aujourd'hui. Parce que vous avez connu des témoins vivants de la génération qui fut libérée de l'esclavage. Parce que vous êtes une combattante exemplaire de la liberté humaine, cette « arme miraculeuse + - selon l'expression d'Aimé Césaire -, sans laquelle il n'est pas d'élan créateur, ni d'expression artistique authentiques. Votre trajectoire lumineuse, solaire, dans ses multiples facettes, est exemplaire du rayonnement du spectacle vivant dans notre pays. Parce que vous avez su dire non à l'ombre, parce que votre voix ne s'est jamais laissée couvrir et encore moins briser, parce qu'elle s'est redressée, continûment, selon mille chemins, « comme l'épi même de la lumière + (Aimé Césaire), vous êtes devenue la référence incontestable de toute la communauté antillaise.

(Allocution de Renaud Donnedieu de Vabres à l'occasion de la remise des insignes d'officier dans l'ordre des Arts et des Lettres à Jenny Alpha, le 9 février 2005)

Chanteuse et comédienne flamboyante au soir de sa carrière, Jenny Alpha, 96 ans, est l'une des toutes premières femmes noires à avoir gagné sa place dans le monde du spectacle parisien. Elle jouait encore La Cerisaie début 2006 et remonte régulièrement sur les planches. Le parcours de cette Martiniquaise, née et élevée aux Antilles, est une immense leçon de volonté et de courage : vaincre, entre les deux guerres, les réticences familiales et les barrières raciales pour vivre ses rêves de poésie, de music-hall et de théâtre supposait une force de caractère hors du commun.

C'est sans doute à ce parcours de combattante d'exception qu'elle doit d'être devenue une icône pour tous les Antillais, l'une des étoiles les plus éclatantes qui brillent au firmament de leur fierté insulaire. Car Jenny Alpha, doyenne des comédiens français en activité, n'avait a priori aucune chance d'atteindre un jour le succès ni même de monter simplement sur les planches : lorsqu'elle s'installe à Paris, seule, à l'âge de 19 ans, c'est pour faire des études et devenir enseignante, un métier respectable pour l'aînée d'un famille de fonctionnaires. Mais les études l'ennuient. Ce qu'elle aime, c'est la musique, la peinture, la poésie. Elle fréquente les poètes et les artistes de Montparnasse, se lie d'amitié avec Césaire et Picabia. Déjà, elle rêve de théâtre. Mais comment, à Paris entre les deux guerres, faire admettre à quiconque qu'une femme noire pourrait jouer Racine ou Molière ? Et il faut bien gagner sa vie, la liberté est à ce prix-là. Alors elle donne des cours de gymnastique – Robert Desnos compte parmi ses élèves. C'est déjà se rapprocher un peu de la bohême, déjà dire adieu à la respectabilité familiale.

Jenny a choisi son camp et elle ne le trahira pas. Dans les années 1940, faute d'avoir sa chance au théâtre, elle monte un orchestre et écume les cabarets parisiens et les casinos de la Côte d'Azur. « Les Pirates du Rythme + triomphent et la sublime chanteuse finit par se voir proposer des petits rôles au théâtre. En 1958, elle participe à la création des Nègres de Genet. Elle travaille désormais avec les plus grands metteurs en scène, tels Daniel Mesguich, et va enchaîner les rôles au théâtre, au cinéma et à la télévision.

Curieusement, Jenny Alpha n'avait jamais enregistré de disque. Cet oubli sera réparé cette année puisqu'elle vient de graver une chanson sur le prochain album de David Fackeure et Thomas Dutronc et qu'elle sort elle-même son premier album au printemps.

Mais derrière la femme de spectacle à qui la vie sourit et qui a décidé de ne se souvenir que des belles choses se cache une femme qui a eu à combattre les préjugés, qui a beaucoup aimé et donc beaucoup souffert. Cette Jenny-là ne se livre pas facilement, et encore moins quand s'allume l'œil indiscret de la caméra.

Pour son petit-neveu André-Arnaud, peut-être consentira-t-elle à lever un pan de voile. Ah Jenny, cette grand-tante un peu sulfureuse, dont on ne se vantait guère dans la famille et qu'on fréquentait le moins possible. Il l'a connue presque par hasard et ils sont peu à peu devenus complices. Il est fasciné par son parcours, sa vie d'artiste, ses succès... et son charme inusable — « C'est un modèle psychologique, elle a osé être libre +, confie-t-il. Elle le chérit et l'a choisi, parmi tous ses petits-enfants, petits-neveux et nièces, comme héritier spirituel. A lui, elle doit livrer une part de ses secrets, transmettre toutes les leçons qu'elle a tirées d'une vie de combattante. Elle sent bien que ses forces déclinent, que le temps lui est maintenant compté. Il faut que son petit-neveu reçoive en héritage un peu du courage qu'il lui a fallu pour traverser le siècle dernier en femme libre.

La conscience diffuse de l'urgence de la transmission pousse les deux complices à se rencontrer souvent en ce printemps 2007. Chez Jenny Alpha d'abord, celle-ci passant désormais beaucoup de temps dans son petit appartement plein de souvenirs. Ils y communient autour de l'amour des livres et de la poésie. De temps en temps, une promenade bras dessus bras dessous au square du quartier. Et, quand la vieille dame est en forme, un petit pèlerinage sur les lieux de sa jeunesse : « la Coupole + à Montparnasse, où elle a côtoyé Desnos et Picabia ; l'ancien théâtre de Lutèce, où elle a participé à la création des Nègres de Genet...

De rendez-vous en rendez-vous, la complicité affective et intellectuelle entre Jenny et André-Arnaud se renforce, ouvrant au jeune homme les portes de l'univers fascinant et un peu trouble de la femme qui se cache derrière l'actrice Jenny Alpha. Une femme d'exception, qui a tant à nous dire sur le grand théâtre de la vie, sur l'amour et sur la liberté.

Intention des auteurs

La présence de Noir(e)s sur le sol français n’est pas nouvelle. Leur réussite dans différents secteurs de la vie économique, sociale et culturelle non plus. Pourtant, à part dans le sport et la musique, les icônes et les modèles sont rares, ou trop méconnus. Le parcours de Jenny Alpha fait pourtant partie de l’histoire récente du pays et, à travers elle, les nouvelles générations de Noirs peuvent se sentir un peu plus et un peu mieux Français ?

Ce parcours est exemplaire à plus d’un titre : très jeune, elle a su qu’elle serait artiste de spectacle, mais pour la bourgeoisie martiniquaise de cette époque, ce n’était ni un métier ni une vie pour une fille de bonne famille. Il lui a donc fallu lutter contre les préjugés et de fortes pressions familiales pour pouvoir vivre son rêve (un de ses frères est allé jusqu’à lui demander de changer de nom, considérant qu’elle déshonorait la famille !). Aujourd’hui encore, beaucoup de jeunes renoncent à leurs ambitions artistiques au nom de principes et de préjugés toujours tenaces, et pas seulement dans la bourgeoisie antillaise.

Mais Jenny Alpha a dû aussi abattre un à un les murs que dressait devant une femme noire la France machiste et coloniale de la première moitié du 20e siècle. Si elle a réussi à s’imposer dans une société autrement plus raciste et fermée à ses minorités que la France d’aujourd’hui, pourquoi toutes les Jenny Alpha du 21e siècle, tous les André-Arnaud ne pourraient-ils pas, eux aussi, aller au bout de leurs rêves ?

Par sa vie et par son discours, Jenny Alpha, combattante de la liberté, a à nous transmettre des messages forts. Ce film est sa tribune, et son testament.

Le dispositif

Le dispositif repose sur un triple jeu de complicité : celle d’abord qui lie Jenny Alpha à son petit-neveu ; celle ensuite qu’ont développée les réalisateurs, Thierry Desroses et Gilles Oddos, déjà auteurs ensemble du film Nou gen fôs, nou gen couraj, tourné en Haïti en mai 2005. Et puis, comme Jenny, Thierry est comédien ; comme elle, il est d’origine antillaise et a eu à braver, pour devenir lui-même, les résistances familiales. Les deux artistes ont l’un pour l’autre une grande affection et, avec Thierry, Jenny est en confiance.

Si Jenny Alpha est le personnage central du film, son petit-neveu André-Arnaud y tient le rôle de passeur: c’est lui qui, par sa proximité avec Jenny, va nous ouvrir les portes de la femme qui se cache derrière l’actrice ; et c’est à travers lui que Jenny Alpha va pouvoir adresser à la jeunesse d’aujourd’hui les messages qu’elle a à lui délivrer.

Techniquement, le dispositif doit être léger pour troubler le moins possible l’intimité des personnages. Gilles Oddos cadre avec une caméra HD de petite taille. Un ingénieur du son l’accompagne.

Dans la mesure du possible, les images sont tournées en lumière naturelle. Une attention particulière est apportée au choix des lieux et des heures de tournage.

Séquences envisagées

Les séquences où Jenny se raconte à André-Arnaud constituent la colonne vertébrale du film, mais celui-ci sera aussi fait d’archives (sonores et filmées, provenant du fonds familial et de l’INA, principalement des concerts et des représentations théâtrales), d’interviews, d’images récentes de Jenny Alpha sur scène, d’extraits des films où elle a joué…

- Dîner chez Nicole, la mère d’André-Arnaud : Thierry Desroses, André-Arnaud et Nicole exposent leur projet à Jenny Alpha, très heureuse à l’idée de pouvoir, à travers ce film, passer quelques messages aux jeunes générations.

- Promenade au soleil d’une fin d’après-midi dans le quartier de Paris où vit Jenny : elle raconte à André-Arnaud ses premiers pas dans la capitale et la manière dont elle est passée de la vie d’étudiante à celle d’artiste de music-hall. Ses premières amours aussi.

- Goûter dans le petit appartement de Jenny, bourré de vieux livres et de souvenirs. L’occasion d’effeuiller avec elle l’album de ses souvenirs de scène et de ses combats victorieux. L’occasion pour André-Arnaud de l’interroger sur la difficulté d’être une femme noire. Mais Jenny a plutôt le cœur à la joie ; elle préfère chanter à son petit-neveu une vieille chanson martiniquaise qu’elle chantait les soirs de cafard à son arrivée à Paris. Derrière un optimisme à toute épreuve, l’actrice cache à coup sûr les blessures d’une longue marche vers la liberté…

- Quartier Latin : Jenny se souvient d’un jour de 1934 où, avec quelques étudiants antillais, elle a manifesté pour protester contre l’assassinat du syndicaliste martiniquais André Aliker, qui luttait contre l’exploitation des travailleurs noirs par les grands propriétaires de l’île. André-Arnaud découvre ce héros méconnu. Il découvre aussi que sa grand-tante n’a pas seulement été une combattante de sa propre émancipation mais aussi une militante de la cause des Noirs.

- Devant une photo de son premier mari, mort pendant la Deuxième Guerre, Jenny évoque l’Occupation. Le jeune couple cachait une famille juive. Un jour, les Allemands frappent à la porte ; ils veulent fouiller la maison. « Allez-y ! +, dit le mari de Jenny à l’officier avec un regard glacial. Il est armé et prêt à tirer si nécessaire. L’Allemand le sent-il ? Toujours est-il qu’il sort sans être monté à l’étage.
Comment comprendre l’antisémitisme de certains extrémistes noirs d’aujourd’hui ? Jenny met en garde André-Arnaud contre ces dérives absurdes.

- Le café des Deux-Magots à Saint-Germain-des-Près. C’est là qu’entre les deux guerres, les jeunes intellectuels Césaire, Senghor et Damas lui ont ouvert les yeux sur l’Afrique et sur la littérature noire. A la Martinique, sa famille, mulâtre, essayait de se convaincre qu’elle n’avait pas de sang noir, qu’elle n’avait rien à voir avec les « Africains + à la peau foncée. Elle se jette à corps perdu dans la découverte de ses racines, ce qui ne l’empêche pas de tomber amoureuse de la littérature russe. Universalité de la culture et de la condition humaine.

- Jenny répète un nouveau spectacle. André-Arnaud lui rend visite au théâtre et lui dit toute son admiration pour son talent et son énergie. Le théâtre est toute sa vie : elle raconte à son petit-neveu comment, à force de persévérance, elle a forcé le verrou du conformisme et s’est imposée comme comédienne, d’abord dans des rôles de Noire, très rares, puis dans des rôles du répertoire classique. Les rencontres avec des hommes comme Genêt, Mesguich, Julius Amédée Laou … l’ont profondément marquée. Quand elle voit les difficultés qu’ont aujourd’hui les comédiens issues des « minorités visibles + à sortir des rôles de dealer, de « bon black + ou d’ « Arabe de service +, elles se dit qu’il reste du chemin à faire…

- Sortie du premier album de la chanteuse Jenny Alpha, 96 ans : petite fête organisée par la maison de disques. Peut-être le début d’une nouvelle carrière. On parle d’un possible concert, du tournage d’un clip… Entourée de ses proches, Jenny s’amuse comme une enfant. Elle rayonne. Est-ce parce que, comme très peu de femmes noires de sa génération, elle a pleinement choisi sa vie, tout simplement ?

 
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